Facebook You Tube Twitter
Navigation

Me traquer sur le Facebook

Publicité

Billets récents

Inscris-toi à ma liste d'envois

Mat St Onge.com V 2.0
Mise-à-jour: 21.12.2014

Plan du site

L'histoire derrière Madame Coucoune

Mathieu St-Onge
2 Mars 2013

Comment est née Madame Coucoune ?


Je me fais souvent poser la question, voici l'histoire en détail ici: la genèse de son apparition,  ses clips sur le web, et ce qui m'a inspiré le personnage.


« Mon seul vice »


Quand nous faisions des capsules de  « Vidons-la don' la question » à la Première Chaîne de Radio-Canada, Luc Archambault et moi avions eu l'idée, on the side, de faire une série de sketchs visuels  qu'on appelait «Mon seul vice », inspirés de l'humour de Little Britain.

Le carcan était simple: une madame (qu'on imaginait avoir une voix semblable à celle de Madame Coucoune) interrompait des interlocuteurs pour s'adonner illico presto à « son seul vice ».

Pour chaque court épisode, un vice différent: se pratiquer à perdre son gag reflex en deepthroatant un cellulaire, cuisiner une tarte au caca de pauvres, faire la split en se descendant sur une bouteille de shampoing, se rentrer un serpent dans le vagin, se faire renvoyer devant la parenté, etc.

Nous avions pris le temps de noter une quarantaine de  « seul vice » dans un document word, et quand on sentait un petit spleen, on retournait se taper la liste en prenant la voix fétiche et on riait à gorge déployée. C'était beaucoup plus un running gag qu'un projet sérieux, mais fantasmer à l'idée qu'une capsule de  «Mon seul vice» puisse être diffusée après le téléjournal nous faisait jubiler.

C'était une façon de ventiler avant de travailler sur des capsules présentables à la radio d'État.



Se conformer aux industries culturelles



Début 2009, nous apprenons que l'émission «Vous êtes ici », dans laquelle nous étions diffusés, ne sera pas renouvelée, à cause des coupures des conservateurs dans le budget de Radio-Canada.  On devait trouver une autre avenue pour continuer de créer.  

On nous avait approché à quelques reprises pour présenter des pilotes pour la télé et la radio. Pour ce genre de création, quand on s'assoit pour réfléchir et brainstormer, on commence par se dire   «qu'est-ce que le réalisateur de l'émission X aimerait voir?». On se voit évidemment forcé de mettre de côté les idées trop hardcore, NSFW, vulgaires, parce que même si ça pogne ben gros, même si ça nous fait rire, y'a pas un diffuseur qui va être prêt à assumer, à cause des comptes à rendre aux annonceurs et des éventualités de plaintes provenant de spectateurs-vierges-éplorées-battes-rougis-vagins-sablonneux . La télé est ce qu'elle est, aseptisée, prenant des risques calculés, et c'est pourquoi plusieurs la délaissent, pour se tourner vers le web, moins financé, avec des productions nettement moins léchées, mais plus libres et avant-gardistes.

Fak on envoyait nos projets, pilotes et synopsis, on recevait toujours des réponses positives, les réalisateurs et responsables du développement trippaient sur nos idées, mais au final, aucun de nos plans s'est concrétisé, pour différentes raisons, surtout de financement, mais rarement parce qu'on faisait pas l'affaire.

Prenons l'exemple de « Standing at the Gates of the Promenade Ontario », destiné à l'émission  l'Univers Musique de Rej Laplanche ( qui nous avait demandé lui-même de produire une démo ). Nous n'avons eu aucune nouvelle de cet envoi, mais Musique Plus, sans nous en avertir,  a eu le culot de passer le clip deux ans plus tard à Buzz, une fois qu'il avait fait sa marque sur le web.

L'histoire d'envoyage de démo s'est terminée avec une démo qui était vraiment à chier, pas drôle ( que vous n'entendrez jamais ) pour une émission de radio qu'on trouvait dull et prétentieuse de toute façon (que je ne nommerai pas) dans laquelle il y avait déjà une humoriste crissement plate et pas originale et qui faisait l'affaire ça a l'air (je ne la nommerai pas non plus ).


Et c'est là qu'on s'est dit, avec le recul, qu'on s'était fait chier à essayer de plaire, à utiliser les bons mots pour séduire, à se mettre dans la peau d'un autre pour essayer de mieux se vendre, pis au final, récolter des faux espoirs, travestir notre humour pis se scraper notre fun en enregistrant la pire plus pas drôle capsule radio de notre histoire.    



Bricolons avec Madame Coucoune

 


Pourquoi toute cette prémisse? Parce que ça a fait office de spring que j'avais trop étiré et qui s'est relâché. Une fois mon association avec Luc Archambault terminée, j'ai décidé de faire le contraire de ce qu'on avait fait durant les deux dernières années, pour soulager la frustration et surtout pour me faire plaisir.

Je suis retourné à la bonne vieille liste de quarante «mon seul vice», pigé deux trois idées , pis j'ai écrit le pire scénario ever qu'on aurait pu présenter à un réalisateur.

J'ai fait des emplettes: trouvé une perruque grisonnante dans un magasin de produits haïtiens sur Ontario, passé au Village des Valeurs acheter un châle, une robe rose et un toutou. Un dernier arrêt au Super C, pour me greyer d'un paquet de viande à fondue, pis j'avais toute ce qui me fallait ( le dildo était déjà présent dans mon coffre à costume ).  

Je contacte Frank Appache et Vincent VDM de Glockbuster Film et je leur explique mon idée. Ils débarquent avec leur attirail, pendant que je me maquille avec des Caran d'Ache, vestige de mon passé d'animateur de camp de vacances.

Ce fut un tournage mémorable. Le clip a été mis en ligne sur Youtube à 6h le matin et quelques heures plus tard, Gab Roy ( que je ne connaissais pas à ce moment-là ) l'a publié sur son site. Quinze minutes en ligne, une shitload de WTF, et pouf, flaggué! Disparu! On veut ravoir Madame Coucoune! Une légende était née.

Bricolons avec Madame Coucoune from Mat St-Onge on Vimeo.

 

 



Réflexions sur l'humour et le dégoût  

 

Au Québec , nous avons beaucoup d' humoristes qu'on pourrait qualifier de edgy, vulgaires, osés...

Mais ce sont essentiellement à travers leurs paroles qu'ils véhiculent un discours trash. Ils font de l'humour noir, abordent les tabous, disent "l'indisable", rigolent sur les formes déviantes de la sexualité. Par contre, presque jamais l'artiste ne sacrifiera de façon trop poussée son apparence physique pour faire passer son message.

Le dégoût, le malaise et les fantasmes particuliers sont des territoires que les comiques osent rarement explorer avec leurs propre corps. On a souvent vu des dude arriver flambant nus sur une scène en se cachant le pénis avec un chapeau, mais un homme qui se déguise en vieille et lèche un faux vagin en viande à fondue? Pas certain! Autre exemple: est-ce qu'une femme humoriste porterait une moustache postiche pour faire rire? Oui assurément! Est-ce qu'elle se ferait greffer du vrai poil sous le nez et passerait un mois avec cet attrait masculin? Pas sûr! Non, aucun humoriste chevronné n'oserait compromettre sa carrière en offrant de telles images troublantes au public québécois. Les artistes du show-business au aiment être beaux quand on les prend en photo dans les magazines et les journaux pour parler d'eux, ils protègent leur intégrité corporelle. Avec raison, le public pointe toujours du doigt les défauts, le linge laid, les visages pas maquillés...

Je trouve toujours spécial de rencontrer en personne des gens qui m'ont connus d'abord et uniquement en Madame Coucoune, sur le web, et qui sont restés «traumatisés». Surtout quand c'est des filles qui me disent «mais Mathieu, t'es cute en vrai, pourquoi t'as fait ça! ». Ben oui, incarner cette vieille câlisse, ça doit sûrement me scraper des occasions de fourrer, mais je me souviendrai toujours de la fois où une jeune demoiselle m'a demandé de lui faire ça habillé en Madame Coucoune . Quel beau souvenir, je n'aurais jamais pensé vivre un tel moment! Ça vaut pour toutes les soirées à me branler dans le noir dans le silence de mes draps.

Y'en a qui ont dit que ce clip c'était pas de l'humour, d'autres ont dit que c'était plus drôle que tout ce qui s'était jamais fait. Certains ont ri leur vie, d'autres ont haïs ça viscéralement. On peut aussi se questionner sur l'incompatibilité dégoût/rire. Dans bien des cas, le dégout bloque le rire, et pour d'autres, il le catalyse.  Je n'ai pas cherché à catégoriser cette création, mais je la considère comme hors-norme, définitivement trash et je ne vais pas me choquer contre ceux qui n'y voient rien de drôle.

«Bricolons avec Madame Coucoune» était donc à la base un exutoire en réaction au bon goût et au conformisme des industries culturelles, ( à noter que le clip n'est pas filmé en HD ) ainsi qu'une exploration des limites de ce qu'on appeler «humour». Le clip aurait pu croupir dans les bas-fonds du web, mais il a été présenté sur grand écran à Fantasia, Spasm et Courts mais Trash ( où il a remporté le grand prix du jury ).

 



La suite de l'aventure

 

Ce n'était pas dans mon plan de continuer à faire vivre Madame Coucoune, mais j'ai cédé à la tentation... je me suis rendu chez Gab Roy, qui vivait dans le sous-sol chez ses parents à ce moment-là, pour qu'il rencontreMadame Coucoune ( c'était la première fois que je le rencontrais et  je suis évidemment arrivé chez lui déguisé comme ça ). On a improvisé en adolescents retardés et gardé quelques moments:


Je me suis ensuite servi de Madame Coucoune pour concrétiser une autre idée vulgaire que j'avais eue avec Luc Archambault. Ce dernier a pris les traits d'une adorable française, Zoé du Petitpont, pour venir présenter à Madame Coucoune le next level de la technique Amaroli: l'infusion de caca dans un percolateur pour faire un cacafé.

 



Le cacafé, même si c'est pas l'idée la plus édifiante qu'on a eue, ben on aurait été déçu qu'elle marine dans nos brainstorm et que quelqu'un d'autre la fasse un jour à notre place.  Donc l'équipe Glockbuster est revenue nous filmer et le clip est maintenant rendu à 40 000 vues sur Youtube.

Madame Coucoune a pogné particulièrement auprès des adolescents, c'est pourquoi j'ai fait le clip de la rentrée de Madame Coucoune, en tentant d'inclure une narrativité humoristique plus conventionnelle.

Est venu ensuite Madame Coucoune et le violongay. La mission était de montrer une image plus humoristique de ce protagoniste du web. Presque personne n'avait saisi qu'il déconnait dans ses fameux « vidéos de têtes ». Le scénario était plus ou moins scripté et nous avons improvisé pendant une heure et gardé quelques moments. Ça a donné ce résultat:

 



Christ, du défunt site Top Youtube Québec, souhaitait que les Youtubers du Québec collaborent davantage pour faire des créations plus complexes, il a donc invité Madame Coucoune et de jeunes youtubers à jouer dans un conte de Noël, qui a été monté par Thierry Doucet.




J'ai également monté des numéros de scènes sur mesure pour Madame Coucoune et animé à quelques reprises dans des bars.

Je me faisais demander régulièrement « à quand le prochain clip de Madame Coucoune » , ou bien « est-ce que Madame Coucoune voudrait collaborer à une de mes vidéos ». Ce n'était pas dans mon intention d'étirer la sauce autant que ça, surtout pas de baser une carrière autour de ce personnages, comme certains me l'ont conseillé. Même que des fois, elle me tapait sur les nerfs. Plus que cinq minutes de sa voix traînante et racoleuse et j'ai envie de varger dans mon écran.


Je l'ai quand même fait revenir à quelques reprises en 2012. Cette improvisation avec mon ami Youri Raymond, qui est derrière la populaire chanson «Ostie de frisé »


 


Elle a aussi pris la rue à deux reprises lors du printemps québécois de 2012. 

 


 


Je lui ai fait simplement raconter son opinion devant la caméra en lui donnant un discours plus réfléchis et moins gratuits, mais tout aussi déviants.

 


 

Que va-t-il se passer avec Madame Coucoune dans l'avenir?




Je dois avouer que j'ai trois quatre idées qui dorment dans mes documents de brainstorm et que j'aimerais concrétiser pour Madame Coucoune.

Donc, probablement pas de clips de Madame Coucoune sur une base régulière, mais sûrement quelques apparitions encore!

Ce que j'aime du personnage, c'est que je peux lui mettre dans la bouche des expressions du bon vieux temps et les coupler avec des anglicismes et des néologismes.

J'aime aussi le fait que Madame Coucoune accepte tout, compatie avec tout le monde et ne peut être vraiment méchante.

Le personnage de Madame Coucoune est inspiré de ma grand-mère, qui n'a pas la langue dans sa poche pour me raconter des anecdotes salées. J'ai aussi beaucoup été marqué par un ancien travail étudiant d'animateur de loisirs dans un CHLSD. La problématique de la sexualité chez les personnes âgées vivant en résidence demeure un sujet tabou sur lequel j'ai beaucoup réfléchi durant ces années, surtout qu'en tant que « beau petit garçon » dont la job était principalement d'être à l'écoute des résidentEs, je recevais des confidences assez spéciales...

Je suis satisfait que Madame Coucoune ait pu inspirer l'ouverture d'esprit chez certains de ses admirateurs et provoquer des réactions qui vont au-delà du dégoût et la provocation initiale.

 

Au revoir, ouuuuuiiiiiiii

L'histoire derrière Madame Coucoune
L'histoire derrière Madame Coucoune
L'histoire derrière Madame Coucoune

Commentaires