Le Top 30 Métallique Sombre et Tourmenté 2020 de Mathieu St-Onge

Voici ma sélection musicale de l’année 2020! Une épluchette quotidienne d’albums effectués pendant toutes ces heures passées à peindre et dessiner. Il ne s’agit pas d’un palmarès -même si le top 10 a davantage visité mes tympans - mais plutôt d’un parcours organisé à travers différents styles, mais vous n'aurez chance de rencontrer du disco joyeux ici, même si je suis loin de dédaigner le genre! Cliquez sur la pochette de l'album pour accéder à la page bandcamp de l'artiste. Bonne écoute!

 

30. Afonlakes - Confit de Valeurs 

Afonlakes pensait bien s’en sortir en lâchant incognito leur bombe un 31 décembre 2019, alors qu’à cette époque, on s’en souviendra, on nageait encore dans ce paradigme bolduquien où tout le monde s’amusait et s’embrassait. Mais non, à leur grand désarroi, je les ramène ici aux grands honneurs et on débute ce top 30 avec cet incomparable métal garroché et expérimental qui n’épargne pas les plus frileux.

 

29. Mr.Bungle - The Raging Wrath of the Easter Bunny  🇺🇸

Tant qu’à pas mordre tout de suite dans cette 2020 qui fût si amère pour beaucoup de citoyens, soulignons le retour de Mr.Bungle qui a réenregistré un démo datant de 1986 à l’aide de l’artillerie lourde de notre époque. Le compagnon Patton gueule de tout son soûl pendant une longue collection de pièces punk métal qui n’ont presque rien de l’univers fantaisiste de leurs trois albums cultes.

 

28. Palissade - Palissade  

Palissade navigue dans ce rock gothique qui appelle à une balade en trenchcoat dans un cimetière par une journée brumeuse.  Musicalement ce n’est rien de nouveau sous la lune, mais les adeptes de The Cure et Sisters of Mercy seront heureux (sans qu’on ne voit poindre de sourire sur leur visage voilé de mélancolie) de déguster leur nourriture auditive en version locale québécoise.

 

27. Isserley - Tapeworm 🇦🇺

Mon coup de coeur industriel de l’année va à Isserley. Plusieurs passages musicaux sur Tapeworm empruntent aux Marylin Manson et Nine Inch Nails des années 90 et les mélodies vocales, à la fois mielleuses et torturées, se rapprochent des plus actuels Poppy, Zheani et Icepeak. La production est solide et aucune des quinze chansons n’accuse de faiblesse.

 

26. Relocate Depravity - Curse of Pythia 🇬🇷

On se tape maintenant un black métal à saveur crust issue d’une collaboration entre des musiciens du Québec et de la Grèce. Des escapades vocales décomplexées et quelques hors-pistes musicaux pimentent l’écoute du dynamique Curse of Pythia. On aime particulièrement l’haineuse Méprisables Masses, parfaite à se taper quand le coeur vous lève à regarder le peuple embarquer dans le délire de la religion.

 

25. Xerxes the Dark - Final Crisis 🇮🇷

C’est le temps maintenant d’une pause de tapochage, de cordes qui grincent et de cris de morts. À la question “qu’évoque pour vous l’Iran?”,  peu de québécois vous répondront: Xerxes the Dark. Ces créateurs d’ambiances lourdes célèbrent cette année leur quinzième anniversaire. Leur dernier né, Final Crisis, nous aspire vers d’oppressives et annihilantes contrées sonores. Un parfait compagnon de nuit.

 

24. Rebel Wizard - Magickal Mystical Indifference 🇦🇺

NKVS, musicien derrière Rebel Wizard, cherche avant tout à faire de la musique instinctive qui pogne par les sentiments, avec son approche spirituelle personnelle, création qu’il qualifie de métal “négatif”. On y retrouve principalement des influences heavy metal à la Judas Priest et Iron Maiden, le tout flanqué d’un vocal grim qui distorsionne grossièrement. Le résultat est étrangement efficace et plutôt inédit.

 

23. Macabre - Carnival of Killers 🇺🇸

On nous a rabattu toute l’année de prendre soin de notre santé mentale en temps de confinement et ce n’est certainement pas avec Carnival of Killers qu’on peut la maintenir à un état de sanité. Macabre nous offre un autre kit de départ pour laisser la psychopathie prendre possession de notre être. Un grand retour qui fait du bien!

 

22. Dawn of Ashes - The Antinomian 🇺🇸

Les vieux gothiques se souviennent de la période Bush fils, ces grandes années du aggrotech, lorsque les Hocico, Combichrist, Suicide Commando et Tactical Sekt nous crinquaient à se démener sur les planchers de danse avec nos guénilles de cuirette pognées au Cruella. À mon avis, le style a plutôt plafonné depuis les dix dernières années et rien d’absolument révolutionnaire est venu donner du sang neuf au harsh EBM, mais des productions solides continuent de regarnir le catalogue, comme c’est le cas ici. The Antinomian se démarque de la plupart de ses semblables aux styles trop souvent unidirectionnels par une sélection de pièces acérées, aérées, avec des tempo et ambiances variées.

 

21. Revenge - Strike Smother Dehumanize 🇨🇦

Ça me prenait une vraie machine de guerre dans mon top 30. La voilà. Aucune concession ici pour Revenge, une succession de salves sauvages assoiffées de sang, un grindcore aride et grossièrement découpé qui donne sa dose d’électrochocs et ne laisse rien de vivant sur son passage.

 

20. Serment - Chante, Ô Flamme de la Liberté ​

La résistance nationaliste s’est manifestée en 2020 avec un métal noir à la fois paisible et glorieux. Les claviers dominant le reste, l'atmosphère évoque les grandes régions couvertes de neige du Québec. À quand une St-Jean Baptiste hivernale?

 

19. Anaal Nathrak - Endarkment 🇬🇧

Ce n’est pas une surprise si ce band prolifique de métal extrême se retrouve ici. Toujours aussi efficace, leur formule est à point depuis plusieurs années et aucun ralentissement n’a été noté sur Endarkment. Que dire de plus? “Create Art, Though the World May Perish” Oui monsieur, c’est ce que je fais!

 

18. Rïcïnn - Nereïd 🇫🇷

Le projet solo de Laure Le Prunenec est un métal folk néoclassique ponctué d’électro. Rïcïnn a retenu mon attention par son raffinement, la versatilité des chants, à la fois puissants et mystiques, ainsi que la riche instrumentation qui nous accompagne dans ce parcours somptueux. Nous reverrons cette musicienne plus tard dans ce top...

 

17. Wormhole - The Weakest Among Us  🇺🇸

Hey St-Onge! Ça manque de cris de cochons égorgés pis de gros riff pesants ralentis icitte! Ok j’ai compris le message, vlà votre nanane!

 

16. Blitzkrieg Baby - Genocidal Sextasy 🇺🇸

Un album d'industriel martial qui déploie une ambiance de chasse à l’homme. On se sent traqué, le souffle du prédateur porcin chatouille notre nuque tout au long de cette oppressante marche vers l’abattoir. Froid et sans pitié.

 

15. Imperial Triumphant - Alphaville 🇺🇸

Imperial Triumphant ont créé un album de métal qui se veut ni plus ni moins que LE son de New York, qu’ils conçoivent comme un géant urbain rongé par la crasse. Leur approche musicale est déstabilisante et fraye avec le chaos, sans être brouillonne pour autant. Des instruments qui s’empilent, guitares et basse dissonantes, des sons étranges de toutes sortes, aweille les trompettes et le piano, les chorales embarquent, on se la joue free jazz le temps de trois mesures et cinq huitième et on enchaîne avec une grosse voix de roteux qui annonce une autre envolée échevelée. C’est de même qu’on aime ça icitte!

 

14. Neige et Noirceur - Bach Preludium Minor 

La vie est pleine de secrets et de surprises et ce n’est que cette année que j’ai accosté par hasard sur le bandcamp de cette formation québécoise dont le style oscille entre ambiant, drone, doom et métal noir. Déjà, en 2008, ils faisaient brailler leur guitare par-dessus un rigodon de la Bottine Souriante. J’ai bien du rattrapage à faire pour bien me familiariser avec leur douzaine d’albums, mais un bref survol de leur discographie me porte à croire que Bach Preludium Minor paru en novembre 2020 est une de leurs oeuvres les plus achevées. Ils interprètent à leur façon quatre préludes et une invention de Jean-Sébastien Bach, un hommage tout empreint de mélancolie et de tristesse.

 

13- ... And Oceans - Cosmic Mother World 🇫🇮

Qui aurait cru en 2020 à un retour de ...And Oceans (est-ce que ça se prononce "Indochine!?"), une curieuse formation qui avait attiré l'attention à la fin des années 90 avec Dynamic Gallery of Thoughts, un album black métal nappé de claviers très soyeux, directement influencé du marquant Stormblast de Dimmu Borgir, mais qui s'offrait quelques touches de bouffonnerie théâtrale ici et là. C'était plutôt original pour l'époque et à chacun des trois albums suivants, leur style s'est métamorphosé, ajoutant davantage d'éléments électro à leur musique (on pense à la pognante Tears Have No Name). Ils changèrent de nom pour Havoc Unit en 2006, ne publiant qu'un seul album de métal industriel plutôt rude, j'avais bien aimé. Ensuite, à moins que j'aie manqué un chapitre, silence radio. Et cette année? Un retour aux sources avec un album solide, bien produit, des compositions efficaces, mais cette fois sans incartades rigolotes. J'y ai retrouvé la même ambiance mélodique si charmante, mais je fût surpris de ne rien découvrir d'extravagant ou d'avant-gardiste dans un album de ...And Oceans. Peu importe, j'ai réécouté cet album à plusieurs reprises et j'ai déjà hâte au prochain.  

 

12. Paradise Lost - Obsidian 🇬🇧

Ces vieux routards du métal gothique ont définitivement retrouvé leur aplomb dans la dernière décennie. Ils nous ont présenté cette année un autre opus solide, à mon avis le meilleur de leur carrière. Aucun moment faible, les refrains s’impriment vite dans la mémoire et on a le goût d’y revenir. Mélancolique à faire jaunir les érables en plein été.

 

11. Napalm Death - Throes of Joy in the Jaws of Defeatism 🇬🇧

Une autre gang de vieux routards, possiblement les doyens de ce palmarès. Si Paradise Lost furent les pionniers du métal gothique, Napalm Death initièrent le grindcore et leurs premiers disques parus dans les années 80 sont des morceaux de casse-tête incontournables pour comprendre l’évolution du métal. Bien que ces albums soient adulés, je préfère personnellement me taper le matériel des quinze dernières années, mieux produit, plus inspiré et plus aventureux. Ils vieillissent comme le bon vin et leur agressivité pure a encore une fois été merveilleusement renouvelée.

 

10. Voidsphere - To Sense / to Perceive 🇺🇸 / 🇫🇷

Je fût surpris de me laisser à ce point transporter par ce black métal atmosphérique opaque, à la limite de la musique bruitiste. Les sons se chevauchent lentement, se fondent dans un tout, coulent comme l’eau vers le fleuve. De longs échos rarement interrompues nous élèvent vers des niveaux de conscience supérieure, vers le grand calme du néant. Ambiance parfaite pour perdre la notion du temps.   

 

9. Marylin Manson - We Are Chaos 🇺🇸

Ah le bon vieux Manson, ça tient encore la route? Le grand efflanqué au corps lacéré n’a pas fait l’unanimité avec son dernier effort, mais je suis de ceux qui y ont embarqué. Sans en faire un candidat pour des rotations à Rouge FM, il s’agit de l’album le plus tempéré de toute sa carrière, avec moins d’hurlements, de distorsion et davantage d’éléments folk. We are Chaos donne les bleus, sonne comme une fin de soirée enfumée, une tombée du rideau après une pièce douloureuse, une résignation mature après la débauche.

 

8. Oranssi Pazuzu - Mestarin kynsi 🇫🇮

Vous le savez, j’aime bien faire un peu de danse contemporaine entre les coups de pinceaux, question de dérouiller la machine! Je me fais un feu de camp imaginaire dans mon atelier et je gesticule de tout mon être, en m’assurant que les volets sont bien fermés pour ne pas attirer les soupçons. C’est que j’invoque le démon Pazuzu, maître des couleurs de l’énergie cosmique. Il s’incarne ici dans les atmosphères psychédéliques à saveur tribales de cette formation finlandaise.

 

7. Igorrr - Spirituality and Distortion 🇫🇷

Ce métal virtuose avant-gardiste hyperactif ne peut laisser indifférent. Les riffs sont tranchants et la production est sans mollesse. Vous attendent au détour des clavecins baroques, chants d’opéra (gracieuseté de Laure Le Prunnec, oui encore une fois!), chiptune, drum’n’bass sur les stéroïdes, ambiances orientales, et même une valse musette survoltée qui ne manque pas de faire honneur à la belleeeeeuh Frooooooonce où cet album a été enregistré. Un coup de maître!

 

6. Black Magick SS - Rainbow Night 🇦🇺

Black Magick SS joue une sorte de heavy métal old school bien trempé dans la kétainerie des années 80, saupoudré de psychédélisme et surmontée d’un vocal tantôt grim, parfois goth, et par moments plutôt dramatique. Leur produit est assez unique. J’ai sommairement fouillé, mais je n’ai pas trouvé tellement d’informations sur ce mystérieux groupe australien. Pas de prestations live, pas de noms de membres, pas de bio, rien, juste des albums sur youtube avec des pochettes à l’esthétique colorée et douteuse. J’aurais bien gobé une autre demi-douzaine de chansons comme celle de Rainbow Nights, tous des hits, qui sont venus me chercher par les trips en plein confinement de première vague.

 

5. Akhlys - Melinoë 🇺🇸

Vous l’avez croisé partout dans les palmarès de fin d’année et vous vous demandiez quand vous alliez le rencontrer ici à votre tour, et bien voilà, le vent mauvais soulevé par Melinoë a soufflé la colère des morts sans repos dans toutes les chaumières des métalleux en 2020. Guitares lancinantes et détraquées, vocaux plaintifs et malveillants, blast beat et ambiances inquiétantes, Akhlys nous enveloppe d’une chaude caresse spectrale avec cet opus impérieux.

 

4. Backxwash - God Has Nothing to Do With this Leave Him Out of It 🇨🇦

Je suis moins fervent et plus capricieux avec ce style, il aura fallu attendre la quatrième place du palmarès pour goûter à du hip-hop. Mais on est en présence de l'élite ici: il s'agit de la montréalaise d’origine zambienne Backxwash qui a raflé le prix de l’album de l’année au Polaris. À la fois agressif et mystique, ce horrorcore aux riches paysages sonores transporte avec véhémence son lot de douleurs et de convictions. On reconnaîtra évidemment l’échantillonnage de Black Sabbath au tout début, avez-vous repéré celui de Nine Inch Nails? Une raclée incantatoire qui nous traverse la peau, nous ensorcelle et nous possède.

 

3. Ulcerate - Stare into Death and be Still 🇳🇿

Un métal complexe et dense, pesant comme des jambes dans un cauchemar, on se perd à coup sûr dans ce labyrinthe d’épaisse mélasse lors de la première écoute. Les vers d’oreille ne vous sont pas offerts sur un plateau d’argent, on doit apprivoiser Stare into Death and be Still pour bien apprécier ses subtilités musicales. La batterie ne passe jamais en mode pilote automatique et les guitares empruntent des sentiers tortueux qui ne se complaisent pas dans la facilité mélodique. Savant et colossal!

 

2. Liturgy - Origin of the Alimonies 🇺🇸

Lorsqu’on parle de “métal classique”, on sous-entend que les compositions à base rock sont accompagnées d’un orchestre et de chorale et on pense à des groupes comme Therion ou Fleshgod Apocalypse. Toutefois, les éléments rythmiques et dynamiques propres à la musique classique sont évacués de ces compositions, le tempo et le volume demeurant plutôt égaux tout au long des chansons. Liturgy nous offre quelque chose de nouveau, soit de la musique classique contemporaine avant-gardiste traversée par des décharges explosives de cris, de guitare et de batterie. Je n’avais rien entendu de tel auparavant. Loin d’être un exercice purement cérébral, on sent une énergie transcendante et féroce qui nous tient en haleine tout au long de Origin of the Alimonies. Un chef-d’oeuvre qui a passé sous le radar de plusieurs palmarès cette année.

 

1. Paysage d’Hiver - Im Wald 🇨🇭

Il m’est difficile d’évaluer objectivement Im Wald de Paysage d’Hiver. J’avais déjà repassé maintes fois leur discographie et chaque fois que la neige revenait, je souhaitais que Wintherr, seul homme derrière ce projet, nous offre un nouvel album pour succéder à Das Tor paru en 2013. C’est plutôt vers le solstice d’été que j’ai invité mon pote Seb Johnson, fan invétéré lui aussi, à boire de la bière noire impériale et passer et traverser les deux heures de Im Wald, les hauts-parleurs bien crainqués dans le tapis. Ce nouvel album se démarque du reste de leur discographie par un léger virage vers un son plus accessible et des enchaînements moins rudes, mais nettement plus puissant et accrocheur. L’écoute nous a complètement dévasté et laissé dans un état extatique et apaisé. Le black métal atmosphérique lo-fi et souvent minimaliste de Paysage d’Hiver a la vertu de polir mon caractère tout en générant ce sentiment de lâcher-prise zen, de renforcer ma discipline personnelle et de m’insuffler la force de vivre. Ce fût mon compagnon de création, de course, de promenade sous zéro, de solitude et de pleine conscience joyeuse. Au sommet des meilleures créations black métal des vingt dernières années.

 

Quelques mentions:

D’abord, LA toune du temps des fêtes 2020 est une gracieuseté de Mr. 82 - Les douze jours de Noël version confinement Québec.

On va-tu pouvoir revenir à la normalité?  Nine Inch Nails a bien exprimé l’angoisse qui a pris la population au thorax lors de l’apparition de la plandém... de la pandémie, dis-je, avec Hope we can again

Un palmarès sombre à saveur industrielle de 2020 aurait logiquement dû inclure les sorties marquantes de Ghostemane, Clipping et Code Orange. Je reconnais que ces albums ont leur qualité, mais simplement, ça a moins collé avec mes goûts et ma personnalité. 

Of Jackal and Demon Born de Make Them Die Slowly... tout un tube! 

La longue finale de la chanson Maanruïne de Fluisteraars, parfaite pour laisser l’année derrière nous!

J’espère que vous avez apprécié ce voyage musical! J’ai encore une fois cette année adoré le composer. Merci au "Dicksweat GG Allin Squad 666 Catalogue Anus" pour les suggestions musicales!